Cheikh Attallah, le comique et prosateur, n’est plus !(Allah yarehmou).

Publié le 3 Novembre 2016

Cheikh Attallah, le comique et prosateur, n’est plus !(Allah yarehmou).

 

Cheikh Attalah n’est plus ! Il vient de nous quitter par suite d’un accident de la circulation. En ce douloureux événement, nous lui rendons cet hommage a titre posthume, lui le « poète » qu’il fut ! 
Mais a vrai dire et, bien que débordant d'inspiration, il serait inexact de prétendre qu’il fut un poète au sens académique. Ahmed Ben Bouzid était en fait un prosateur qui faisait dans le comique. Un prosateur qui se savait, quand bien même il lui arrivait au milieu de sa diffusion verbale à l'infini, de glisser subrepticement dans les méandres de la poésie ! Il n’en demeure pas moins que son éloquence conférait à son genre un caractère indiscutablement noble, tout comme celui propre à la poésie. Après tout, la poésie n'est-elle pas définie comme une œuvre de l'esprit, comme toute autre œuvre intellectuelle ? 
Il fut d'abord, grâce à une voix qui seyait, un récitateur des versets coraniques, avec une disposition particulière, l’inclinant plus tard, à les psalmodier. Et bien plus tard encore, il s'initia à l'exercice difficile d'imitation des voix de célébrités. 
Pétri de sagacité, celui qui deviendra ensuite connu sous le pseudonyme de Cheikh Attallah se découvre progressivement un potentiel artistique hors du commun qui le propulse en peu d’années seulement au rang de star du comique engagé. Il devient comédien du rire, et par-delà, un critique politique dans le genre « Coluche ». 
Attallah est venu au monde en 1970 à Zénina, une ville jadis florissante et intellectuellement prospère qui doit s'enorgueillir d'avoir enfanté plusieurs linguistes et poètes.
Auprès des téléspectateurs, Attallah était surtout connu pour son accoutrement traditionnel, spécifiquement sudiste, un costume de troubadour au sens élevé du terme, pas celui dont on a tendance à l'affubler. 
Son itinéraire professionnel débute à la chaîne III en 1990 à Alger. Il fut néanmoins ponctué par un brusque retour au terroir (Zénina) pour se consacrer à sa nouvelle vocation artistique, à savoir l'animation culturelle, désabusé, disait-on, de n'avoir pas réussi à atteindre son but, la gloire, son illusion de toujours. Mais, tenace, il ne démord pas et renoue très vite avec son ambition en tentant à nouveau l'expérience des médias lourds en apparaissant à l'écran dans « Hissat F'hama ». Si le succès de cette émission a été retentissant, faisant exploser l'audimat, Attallah le devait à son génie improvisateur. 
Venant tout droit d'une société tenaillée par la privation, il décide alors de s'attaquer dans ses sketchs à l'impossible équation socioculturelle : mettre au grand jour la réalité peu reluisante d'une Algérie profondément en proie à des problèmes existentiels, et entretenir l'illusion d'un monde meilleur par le rêve et l'imagination. Son discours chargé de suggestions était surtout destiné à fouetter les consciences endormies. Et même si parfois il s'en prenait vertement à une société indolente, voire démissionnaire ; ses messages, tels une thérapie sociale, tantôt sibyllins, tantôt clairs, traitent tous des fléaux sociaux. Sans prendre de gants, il fustigeait la hiérarchie officielle en utilisant des pirouettes, les unes plus épicées que les autres et en multipliant a souhait les métaphores. Tout cela, sans maîtriser les rudiments de la rhétorique et paradoxalement en ayant des moyens oratoires incommensurables ! On disait de lui qu’il était un diffamateur, ce n'était ni vrai ni faux dans la mesure où, pour les avisés, il était considéré comme un mal nécessaire, à même de pouvoir stimuler la politique d'administration et de fédérer les tendances sociales. Justement, c'est ce bicéphalisme, nullement antinomique, qui lui servait de faire valoir contre toute velléité des uns et des autres, de l’assigner en justice. Son aisance sur scène dans le dédoublement de la personnalité avec une facilité déconcertante, constituait sans doute la preuve de sa capacité à alterner le critique politique et l'objecteur de conscience, sur fond de rire. Ceci était d'autant plus difficile s'agissant d'un monologue comique, son nouveau genre. Il aurait pourtant souhaité se destiner à une carrière plutôt pittoresque et laisser a César ce qui appartient à César ; mais comment cela aurait été possible quand l'intellectuel, censé par essence interpeller pouvoir et société, se complaît à leur faire des ronds de jambe ? En tout état de cause, Attallah aura eu d’abord, au moins le mérite d’avoir défié le système dans toutes ses dimensions, en se jouant de ses représentants. Il aura eu ensuite le mérite d'avoir cassé le tabou du triptyque du singe. Il aura eu enfin le mérite d’avoir corrigé une certaine idée reçue, un cliché, selon lequel sa région n’est qu’un vaste espace naturellement propice aux pâturages et à la transhumance! Ça n'est pas rien et de surcroît, dans le langage du cru même ! Ses sketchs « Ladjnet sakanate » et « Ya l'mir » font fureur à ce jour en région kabyle et algéroise où il est considéré comme une icône de la comédie contemporaine. Paradoxalement, c'est chez lui qu'il était le parent pauvre souffrant considérablement d’un manque d'égards. L’année 2005 aura été celle du grand déballage grâce à « Ad’hen sir issir » et « Melh l'iddine », deux sketchs au style rabelaisien. Aujourd’hui est arrivé le moment du bilan corrigé de Cheikh Attallah. Ce redresseur de torts au caractère truculent qui considérait pour le moins que tout ce qui n'est pas dit en vers est considéré comme vulgaire et donc incapable de la dignité artistique.

Par notre ami Abdelkader Zighem

Cheikh Attallah, le comique et prosateur, n’est plus !(Allah yarehmou).

Rédigé par HMED B.

Publié dans #Hommage.

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Lazri Noureddine 03/11/2016 19:08

Salemou Aleykoum!
Allag yarhmou we yarhem oumetti seyidine Elmokhtar qsssl.