Hommage émouvant d'Amine L.Soukhal à son ancien instituteur .

Publié le 23 Janvier 2016

Hommage à Si MUSTAHA RABIAI

Les enfants font une farandole
Et le vieux maître est tout ému:
Demain, il va quitter sa chère école.
Sur cette estrade, il ne mont
era plus.

Adieu, monsieur le professeur.
On ne vous oubliera jamais
Et tout au fond de notre cœur,
Ces mots sont écrits à
la craie.

Nous vous offrons ces quelques fleurs
Pour dire combien on vous aimait.
On ne vous oubliera j
amais.

Adieu, monsieur le professeur.
Une larme est tombée sur sa main.
Seul, dans la classe, il s'est
assis.

Il en a vu défiler, des gamins
Qu'il a aimés tout au long de sa v
ie.

De beaux prix sont remis aux élèves.
Tous les discours sont terminés.
Sous le préau, l'assistance se lève.
Une dernière fois les enfants von
t chanter

Quand une personne part, il est naturel de désirer lui rendre hommage d’une manière personnelle.

Prononcer un discours est sans doute le moyen le plus émouvant, mais c’est un exercice bien difficile.

Transcrire ses émotions et ses égards en mots se traduit parfois par une page blanche.

Je ne sais s’il est bien académique de commencer par dire que Si Mustapha avait la beauté de sa belle âme.

Si Mustapha a été élevé dans un climat de difficulté propice au travail acharné.

Quiconque le côtoyer, reconnaît en lui un homme qui ne s'accorde aucun repos et qui exige de son entourage un dévouement sans limite pour les autres.

RABIAI Mustapha père de 5 enfants a vu le jour en 1926 à Ain El Bel ( wilaya de Djelfa), il a commencé une carrière prometteuse d’instituteur de 1945-1955 à Diar chouikh, puis en 1956 à Laghouat à l’école du centre devenue après l’indépendance le CEG Habib Chohra en compagnie de messieurs Hadj Lalmi, Rouighi Ali , Habib les seuls instituteurs indigènes de l’époque.

C’est pourtant bien vrai, et c’est ce qui nous frappait nous les potaches de la CP1 chaque fois que nous le voyions entrer en classe.

Il était d’une beauté sereine sur laquelle les années n’avaient pas de prise.

Nous gardions de lui cette démarche nonchalante et cette prestance qui ne le quittait jamais il avait l’aura et le feeling d’un jeune homme enjoué, toujours tourné vers les autres...

C'est aussi certainement l'image que gardent de lui celles et ceux qui ont eu le plaisir de le côtoyer.

«Courageux et profondément humain », «l’humanité des hommes était son combat»

Avec Si Aek Znini cette autre sommité toujours occultée on ne sait trop pourquoi son gendre et son mentor pour la vie, qui savait tout, qui avait exploré les chemins les plus secrets de la vie, de la philosophie, du passé, et même du don de soi.

Il est vrai on n’avait pas le sentiment de causer avec un homme de notre temps, mais avec un de ces immenses boulimiques du savoir qui firent du Quattrocento et du XVIe siècle une époque si fulgurante.

Il n’avait pas non plus les manières d’aujourd’hui; par sa courtoisie, son raffinement, sa bienveillance, c’était un de ces gentilshommes tels qu’en dépeint Balthazar Castiglione ; un « honnête homme » aussi, comme ceux dont nos professeurs de lettres, autrefois, nous faisaient le portrait et l’apologie, nous expliquant que leur honnêteté « qui ne se piquait de rien », c’est-à-dire qui n’approchait jamais de la pédanterie, était le chef-d’œuvre humain du Grand Siècle.

On ne sait jamais, bien sûr, quels efforts cachaient une telle une réussite.

Cependant on ne peut s’empêcher de penser que Si Mustapha, qui a connu les plus beaux succès, les a obtenus sans peine, parce qu’il était un de ces grands esprits à qui rien ne coûte, et qui mettaient leur bonheur ou leur énergie, lorsqu’ils ont excellé dans quelque chose, à ne s’y point attarder, à aller ailleurs, à faire des découvertes que rien ne laissait prévoir, à se métamorphoser.

Ils ont plusieurs destins ; ils vivent plusieurs vies.

Ainsi en a-t-il été pour Si Mustapha, lui qui façonnait sans distinction les potaches qui passaient par son cours, sans bruit, sans pose doctrinale, avec modestie, en les aidant à mieux appréhender l’enseignement de la langue française avec une fleur au fusil et une bandoulière bien remplie, et l’on est toujours émerveillé de le voir concilier la méthode classique, qui traitait des grands événements ou des grands personnages, et la méthode dite non événementielle, qui ne s’occupait que du quotidien, de la vie des petites gens dans sa durée.

Sa manière d’enseigner est de montrer l’exemple en affirmant que temps et énergie ne peuvent compter face à des esprits à éclairer et des terres à labourer.

Rigueur, discipline, intransigeance incontournable sont les premiers mots qui viennent à l’esprit.

« Noblesse oblige » disait-il à celui qui osait se plaindre.

Si Mustapha glorifiait le travail bien fait.

Le second mot qui vient à l’esprit est humilité. Si Mustapha enseignait à son entourage que sans les autres nous ne sommes rien ; que tout travail est un travail d’équipe.

L’instituteur pour lui n’est qu’un maillon d’une longue chaîne.

Il disait toujours qu’il ne faut pas oublier que ce c’est grâce aux autres qu’un tel succès a été obtenu .

Cette humilité fait partie de son caractère : on lui proposa le poste de Directeur qu’il refusera préférant restant simple instituteur au grand dam de sa famille .

Mais cette humilité est inhérente à l’homme lui-même, elle fait partie intégrante de lui.

Professionnalisme et humilité se rejoignaient d’ailleurs dans le travail de dispensateur de savoir qu’il savait faire par-dessus tout.

Il apprenait à ceux qui l'entouraient l'humilité intellectuelle qui consistait à connaître ses limites, à demander des avis et à ne s'approprier un mérite qu'au travers du travail collectif de l'équipe.

Dans sa classe, le jeu éducatif avec les potaches était toujours collectif, jamais personnel.

Il connaissait chacun par son nom et prénom et prêtait à tout un chacun une attention particulière, ne serait-ce que par un mot approprié qui tombait au juste moment.

Ces principes de rigueur et d’humilité sont complétés par le don de soi et l’abnégation.

Il enseignait par l’exemple. Pour les autres Il était disponible jour et nuit.

Combien il était difficile de répondre aux exigences qu’il imposait, combien ses élèves souffraient sous « le faix » de son exemple, mais combien ils étaient fiers d’être de ses élèves et de mériter sa confiance.

En se remémorant cette belle vie éteinte très jeune 46 ans , une âme exceptionnelle qui a livré son dernier combat avec la maladie après avoir été évacué en urgence à Marseille en juillet 1972 à l’hôpital LATIMONE pour blocage de reins, il décédera à Marseille le 2 janvier 1973 non sans avoir lutté comme il savait toujours le faire avec élégance et panache.

Les 43 années écoulées montrent les changements entre les époques et les hommes, en même temps que la lenteur de leur évolution, le tout éclairé par les spectacles traditionnels des vicissitudes de la morne vie, nous éclairent que c’est à l’École Habib Chohra qu’a été formé un des plus pénétrants instituteurs de son époque.

Les sacrifices de ce grand homme sont-ils vains? Son héritage intellectuel, politique et de militant est-il parvenu aux nouvelles générations?

Que son départ soit un témoignage pour chacun ; car nous ne savions ni le jour, ni l’heure.

Si MUSTAHA RABIAI était un professeur exceptionnel, passionné et passionnant.

Il a joué un grand rôle dans le parcours de celles et ceux qu’il avait pris sous sa coupe.

Celles et ceux qui ont eu le privilège de l’approcher garderont de lui le souvenir d’un homme d’une vaste culture, mais aussi d’une grande gentillesse, délicatesse et gaieté et aussi des qualités de cœur et d’esprit.

Au fond, devant les défis de l’avenir, c’est du dialogue constructif entre la permanence et le changement, entre la tradition et le renouvellement, que dépend le destin d’une Nation.

Chapeau bas mon cher maître et salut l’artiste

Amine Lotfi

Hommage émouvant d'Amine L.Soukhal à son ancien instituteur .

Rédigé par HMED B.

Publié dans #Hommage.

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Lazri Noureddine 23/01/2016 18:15

Salem!
Merci Lamine pour avoir pensé á notre formidable instituteur,Allah yarhmou we yarhek oumetti seyidine Mohamed qsssl.